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jeudi 13 juin 2019

un lit de cododo à la maternité - Bar le Duc, Meuse, 55

lit cododo maternité maman bébé dormir allaitemen

Il y a environ deux ans, une publication -un article de journal ? - a fait le tour des réseaux sociaux
On y voyait une jeune maman, venant visiblement d'accoucher, heureuse dans son lit, en pull noir et cheveux attachés, regardant un petit berceau de cododo accolé à son lit.


L'article faisait l'éloge du lit de cododo en maternité, et si je ne me trompe pas, il s'agissait d'une maternité à l'étranger. Pays du nord, sans doute.
Roooh, je suis sûre que vous savez de quel article je parle, on l'a tou.te.s vu passer.


Bref, j'avais vu plein de mamans dire, envieuses et rêveuses, combien elles auraient aimé bénéficier d'un tel dispositif pour leur séjour à la maternité. Combien ces autres pays, ces autres mamans, avaient de la chance.

lit cododo maternité maman bébé dormir allaitemenEt puis il y a eu des mamans, dont moi, qui ont dit que cela existait déjà dans certaines maternités françaises. Que pour certaines, on avait eu la chance d'en bénéficier. Que non, cela n'existait pas que dans "quelques grandes maternités".
Qu'on avait eu la chance d'avoir des lits de cododo dans notre maternité...qu'on en avait,  nous !


J'ai eu un lit de cododo à la maternité après la naissance de ma fille !


C'était en 2013 et c'était (c'est) une petite maternité locale, une super maternité "humaine" de niveau 1. J'avais eu l'immense plaisir (et le mot est faible) d'apprendre cette nouvelle en (super) cours de préparation à la naissance : la maternité était équipée depuis quelques mois (un an ?) de 3 lits de cododo, attribuables à "toutes les mamans mais en priorité celles ayant une césarienne" (et pour cause ! j'en reparlerai).
Dès que je l'ai su je me suis dit qu'il fallait que je l'ai (car je savais que j'aurais une césarienne, programmée. Je parle de mes césariennes ici). Et en fait, j'étais terrifiée à l'idée que les 3 lits soient déjà "pris" avant mon arrivée, car je ne me voyais pas m'en passer - je vous en reparlerai aussi.

Mais ne parlons pas plus de moi maintenant, parlons de ces lits.
De petits lits pour bébés. Certes moins "beaux", moins ronds, plus longs que ceux de l'article. Epousant moins le grand lit de la maman.
C'est le seul "défaut" de ce modèle, il y a un petit espace entre les deux lits, qui fait que le berceau  n'est pas complètement collé. BIEN SÛR cet espace est comblé, il n'y a aucun trou !! (voyez la mousse bleue qui se place au milieu, sur les barreaux). Surtout ne croyez pas ça. C'est juste que, comme je le disais plus haut, "mon" petit lit de cododo de la maternité n'était pas aussi beau et parfait que le lit illustrant l'article du magazine. Mais il allait très bien, et j'avais rajouté une petite couverture sur la mousse pour faire une jointure parfaite.
Sincèrement, quand vous avez la chance d'avoir un lit de cododo alors que vous avez eu une césarienne et que vous n'auriez jamais cru ça possible, vous savourez à chaque heure de chaque jour cette chance de ne pas avoir à soulever votre bébé mais juste le glisser jusqu'à vous et vous remerciez le service d'avoir eu une idée si géniale.


Un lit de cododo favorise le lien d'attachement et l'on sait combien c'est important dès les premières heures
Il permet une plus grande proximité physique entre le bébé et sa maman, jour et nuit
Cette proximité facilite l'allaitement et la montée /la production de lait (ocytocine, prolactine notamment)
Il permet une meilleure récupération puisque la maman n'a pas à s'asseoir ou pire, à se lever pour pouvoir sortir bébé de son berceau
Le lit de cododo favorise le sommeil de la maman :  la nuit, quand la maman tire son bébé jusqu'à elle (ou se tourne vers son bébé si elle le peut) elle peut plus souvent rester dans un demi-sommeil et se rendort plus facilement, même si bébé est au sein
Le lit de cododo donne confiance à la maman qui peut plus facilement suivre son instinct
Le lit de cododo, puisqu'il est proposé par la maternité, efface les dissensions qui peuvent apparaître en temps ordinaire lorsque la maman veut prendre son bébé en cododo dans son propre lit et que la maternité  ne veut pas (même quand c'est fait de manière sécurisée avec remontée des barrières et coussin d'allaitement autour de bébé : accepté par la maternité et par la maman, il arrange les affaires de tout le monde !



lit cododo maternité maman bébé dormir allaitemenVous avez la chance de voir plusieurs photos de ces lits "à vide", vous voyez bien comme c'est fait. Evidemment la sécurité est maximale, des sangles et des crochets (je crois) viennent solidariser les deux par-dessous. 
je me souviens aussi que pour refaire le grand lit, cela donnait un peu plus de travail employées de la maternité car il fallait défaire ces sangles…
Et pourtant, jamais une seule n'a fait de remarque ou ne s'est plainte; Même entre elles, elles ne se plaignaient pas. Au contraire, elles confirmaient combien c'était une chance pour nous les mamans d'avoir un tel matériel pour rester proches de nos petits bouts !

Je crois qu'au fil du temps la maternité en a acquis d'autres. 
Dans cette maternité, un coussin d'allaitement était également fourni. Qu'est-ce que ça a été pratique ! L'allaitement était soutenu (avec mes deux allaitements précédents dont un allé jusqu'au sevrage naturel, cela a également fait l'objet d'échanges passionnants avec l'équipe, Nathalie en tête.. ça aussi j'en reparlerai ! <3 (souvenirs gravés à vie). 

Le bain n'était donné qu'au 3ème jour, pour protéger la peau de nos nouveau-nés.
Chaque chambre avait sa propre petite baignoire pour bébé. Ca peut vous paraître banal, mais pour moi qui avais accouché 6 ans plus tôt (dans une autre maternité où les bains étaient donnés tous à la même heure ensemble dans une même pièce) c'était une autre très bonne nouvelle.
Chaque maman était autonome et on avait même le droit d'apporter nos couches lavables… !


Revenons au lit de cododo. Ce petit lit, on l'a adoré. 
Bien entendu, puisque le lit était attaché, je ne pouvais pas le prendre et partir avec ma puce me promener avec dans les couloirs. Mais à dire vrai, je n'en avais aucune envie...et pas besoin. 
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vous le voyez, derrière bébé ?

Voilà, je vous parle de tout cela au passé. Pourquoi ?
Bien sûr, parce que cela fait 6 ans. 6 ans déjà, même si c'est tout frais dans ma tête. On n'oublie pas la naissance de son enfant et les suites de couches.
Mais j'en parle aussi au passé car la semaine dernière, j'ai appris, comme toutes mes copines mamans et le personnel, que cette belle petite maternité sympathique pleine de personnes compétentes et dévouées allait FERMER.
Fermer 3 semaines après, dans 11 jours maintenant. 
3 semaines..Tout un tas de gens qui bossent là bas, des mamans sur le point d'accoucher, d'autres qui prévoyaient d'y accoucher, et puis les autres, les gens comme moi, qui apprennent ça le 4 juin. Jour noir.


Le 24 juin, la maternité d'une ville préfecture de département va fermer, il s'agit de la maternité de Bar le Duc et personne n'en revient encore.
Dégouté.e.s, tristes, en colère, incrédules, en colère oui, et inquiet.e.s.

Ca y est, c'est notre tour, ils l'ont fait.

 Dire que c'est dégueulasse, que tout est révoltant dans la façon dont les choses se sont faites  ne suffira pas. 

Il n'y a rien à faire non plus pour empêcher ça, la messe est dite.
Les derniers bébés barisiens ont quelques jours pour naître… ensuite, ce sera fini. Plus de naissance à Bar le duc. Ou bien à la maison, ou dans une voiture. (je n'ai rien contre l'accouchement à domicile, bien au contraire, et j'ai la chance de connaître plusieurs mamans qui ont vécu cette belle aventure. L'élément notable qui fait la différence est que ces accouchements "hors structure" ont toujours été choisis. Avec ces petites maternités rurales qui ferment, on sait bien que les accouchements qui surviennent avant d'arriver à la maternité sont subis et entrainent, au mieux, énormément de stress. Au pire...non ne pensons pas au pire).

C'est toute une histoire qui s'écroule, des souvenirs qui remontent mais qui sont abîmés aussi, parce que c'est aussi tout un département qu'on détruit ; la Meuse se meurt et les responsables ne font rien (bien au contraire). Ils se sont même tellement foutus de nous !

Pour en rester à la maternité elle-même, elle "fusionne" avec celle de St-Dizier, distante d'une demi-heure. Espérons que cette nouvelle "super maternité" (comme c'est à peu près annoncé)  gardera les belles choses mises en place à Bar le Duc, les procédures, les rythmes respectueux….les savoir-faire ! 

Il y a tant à dire sur cette fermeture. La fermeture de notre maternité. 
Mais l'abattement est si grand aussi

MERCI, MERCi et encore MERCi à vous , tout le personnel de la maternité de Bar le Duc

Vous avez fait de cette 3ème naissance la plus belle de toutes, la plus respectée et "proche" d'un accouchement naturel, vous avez lu, pris en compte, accepté et appliqué mon projet de naissance, 'm'avez réconciliée avec la césarienne, vous m'avez laissée dormir avec ma fille jour et nuit et la garder contre moi tant que je voulais
Vous m'avez permis de ne pas être dépendante de vous et de faire un peu comme si j'étais à la maison.
MERCI pour tout ça, et pour ma préparation naissance aussi, et les ballons, et la relaxation, merci Nathalie pour tout ce que vous faites, votre dévouement et votre passion, vous qui acceptez sans sourciller qu'une femme accouche accroupie  !








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vendredi 15 juin 2018

NON, un congé maternité, ce ne sont pas "des vacances" !

Je faisais du ménage dans mon sac à main il y a quelques jours, le trouvant systématiquement trop lourd.
Je sors mon portefeuille, énorme truc qui pèse une tonne, je l'ouvre. Mon regard se pose sur une petite carte, vous savez, les cartes de visite que toutes les boutiques et tous les commerciaux vous remettent systématiquement.

C'est une carte de " ma banquière" (ça fait très Romy Schneider, cette expression désuète). Je me rappelle lorsque ma conseillère me l'a donnée. Nous venions de changer de banque, et nous avons dû nous rencontrer pour faire connaissance, remplir tous les papiers, organiser le transfert…
Quelques jours après cet entretien, j'ai dû repasser à la banque donner un document qu'il manquait. Un "collaborateur" de ma conseillère m'a accueillie, m'annonçant que ma conseillère était actuellement en congés, mais que je n'allais pas la revoir avant longtemps. Il m'expliqua alors, très gêné, tellement gêné qu'il me gêna moi-même, que Mme C. soldait ses congés avant de partir en congé maternité.

Je crois qu'il n'a même pas utilisé ce mot, il était vraiment mal à l'aise, comme s'il s'excusait. Comme si la raison de l'absence de Mme C. était toute mystérieuse, embarrassante.
J'avais envie de lui faire cracher le morceau et lui faire dire qu'elle était enceinte, tout simplement, et que le terme de son congé maternité approchait !
Il nous a expliqué qu'après son congé maternité elle serait encore absente (en langage décodé on appelle ça un congé parental financé pour 6 mois par la CAF) et qu'elle reviendrait donc dans une petite année.

A dire vrai, moi, que ce soit elle ou une autre qui m'accueille et me "conseille", je m'en fichais un peu, puisque je n'avais pas l'intention de venir dans ces locaux. Mais cette façon de parler, cette conversation, cet embarras m'a déplu et marqué.
Marqué et déplu, lorsqu'il a lâché (toujours aussi embarrassé) que :

"Mme C. allait prendre de longues vacances" !

Je vous vois d'ici, bondir comme moi.

Non messieurs (je préviens, je ne mets pas tous les hommes dans le même panier mais ce genre de réflexions idiotes, mesquines, ignorantes et machistes (?) c'est toujours dans la bouche des hommes que je l'ai entendu.

Non, porter un enfant et avoir un ventre qui grossit, un ventre qui est si gros lorsqu'arrive enfin le congé maternité (6 semaines avant la date prévue d'acccouchement) que l'on ne voit plus ses pieds, qu'on s'essouffle dès qu'on parcourt 50 mètres, avoir un ventre si encombrant qu'on ne sait pas comment dormir (et qu'on ne dort plus), les jambes gonflées, des hémorroïdes pour certaines, les pieds gonflés dont les orteils ressemblent à des mini-knackys, non, déjà, ce ne sont pas des vacances.

Acccoucher…..accoucher ! Mettre au monde son bébé, ce petit trésor …. quelque soit la façon dont cela se passe, et dans la façon la plus normale, c'est une véritable épreuve sportive, un marathon !
Et généralement, on n'est beaucoup moins préparé qu'un sportif pour son marathon…. (on a même pas le droit de boire pendant toutes ces heures, alors c'est pour dire…)
Un accouchement n'est pas oublié le lendemain. Notre corps peut porter de lourdes traces du passage denotreenfant. Voie haute, voie basse, mêmecombat. Cicatrice entre les jambes ou au-dessus du pubis, fatigue intense, sensation de "vide" mais ventre encore gonflé, contractions de l'utérus qui se rétracte, tout notre corps est bouleversé.

Et nous aussi.


Mille hormones se sont mises en branle, dirigent nos gestes, influencent nos pensées, nos envies.
Nous avons vécu un bouleversement dont on se souviendra toute notre vie, mais en plus, un petit bébé sans défenses est sorti de nous. Il est là, à côté, et sa survie dépend de nous.
Si l'on ne le nourrit pas, il mourra. Si on ne le porte pas, il sentira un manque. Le manque de ce toucher utérin, de ce contact qui l'a rassuré 9 mois durant.
Ce bébé va pleurer. Un peu, beaucoup, intensivement, insupportablement peut-être !
Et on devra faire avec.


Maigre congé maternité : 10 semaines après l'accouchement, dans la théorie. Il y a souvent moyen d'obtenir une petite rallonge, mais la théorie et la réalité sont bien là : 10 semaines seulement pour "se remettre". Ce congé post-natal est également plus long si vous avez déjà eu 2 enfants.

Se remettre de cette naissance, apprivoiser ce nouveau corps et aussi..Et surtout...faire connaissance avec SON bébé. Ce bébé-là pas et plus celui des revues que l'on a peut-être beaucoup lues dans les salles d'attente de la SF ou l'obstétricien.

Alors voilà, jour après jour, nuit après nuit, plus ou moins aidée, secondée, remplacée (le rêve) par son conjoint, on va changer mille couches, se réveiller quand bébé pleurera, à n'importe quelle heure de la nuit, se réveiller beaucoup, souvent (la question des nuits de bébé est LE sujet le plus abordé dans n'importe quelle conversation entre mamans. Faites le test si vous ne me croyez pas…

J'organise des cafés papote et rencontre des (groupes de) mamans depuis plus de 6 ans alors vous pouvez me croire sur parole). Dormir quand on pourra. Pour ça, on a plus ou moins de chances. Pour avoir en atelier généralement 3 familles à la fois, je dirais que statistiquement, il y a un bébé dormeur (oui vous savez celui qui dort 12h d'affilée la nuit depuis l'âge d'un ou deux mois) pour au moins 3 bébés qui dorment mal. Et c'est normal.

Etre en congé maternité, c'est s'occuper d'un bébé.

Tant mieux si l'on peut se dégager rapidement un petit créneau pour soi : balade, lecture, sortie avec une copine, institut de beauté ou film au cinéma. Tant mieux si l'on a de l'aide, je souhaite que vous ayez de l'aide, un relais, une grand-mère, un frère, une grande (ou petite) sœur. Pour n'avoir jamais eu aucune famille près de nous et avoir dû assumer tout toute seule, je ne peux que vous souhaiter d'avoir un relai.
Mais ce n'est pas non plus la généralité. LOIN DE Là.

Etre en congé maternité, c'est devoir s'occuper 24h/24h d'un petit bébé qu'on ne connaît pas encore bien. Qui est parfois une graaaande énigme. 

Qui a parfois faim tout le temps.
C'est devoir l'allaiter à volonté, en mouillant parfois les draps, les t-shirts tellement le lait abonde et sort dès que bébé émet le premier son. Souvent vite se convaincre que l'on n'a pas assez de lait !
C'est devoir préparer des biberons, en laver plein la journée, préparer les doses, gérer la logistique du remplissage -lavage-séchage - stockage (et achat). Bien penser à ne jamais manquer de boîte de lait !

C'est faire les courses avec bébé si personne d'autre ne peut s'en charger.

 Faire les courses même si l'on a envie de dormir, même si l'on a les yeux au milieu de la figure car bébé s'est -encore- réveillé 3 fois et a terminé Notre nuit à 5h du matin. Et dès que vous le mettez dans la voiture, bien sûr il s'endort instantanément. Bébé serait mieux ailleurs qu'au supermarché, et nous aussi. Mais on n'a pas forcément le choix, encore moins si d'autres enfants occupent déjà la maison.


Etre en congé maternité, c'est penser chaque jour et chaque instant à bébé avant de penser à soi. 

C'est avoir des visites lorsque parfois on voudrait juste être seule et profiter que bébé dort pour dormir aussi. C'est profiter, si l'on a de la chance, de la présence de son mari qui bénéficie d'un ridicule formidable congé paternité de 11 jours. Papa sera là pour faire un max' de taches ménagères et soulager maman, ou bien il profitera lui aussi de bébé, faire connaissance avec lui, lui faire des câlins, le sortir, le faire rire. Cruel dilemme..
Et puis c'est activités et taches multipliées par deux ou trois si l'on a déjà d'autres enfants ! Parfois, lorsqu'un petit est encore jeune, pas encore scolarisé, on le met même un peu moins à la crèche par exemple, pour qu'il profite plus de nous (et inversement). Mais cela nous fatigue. Mais si on le met autant ou + à la crèche, on a tendance à culpabiliser. Dilemme, encore...

Etre en congé maternité c'est entendre beaucoup pleurer.

 Et notre cerveau, notre instinct et les pleurs de bébés sont faits pour que l'on y réponde. Pour être insupportables et susciter en nous une réaction, impérieuse, indispensable, spontanée. Aaah les pleurs de bébé. On en écrit des livres entiers. On en parle entre mamans, à chaque fois que l'on se rencontre.
En ateliers massage bébé, je consacre une séance entière aux pleurs de bébé, et je peux vous dire que les parents ont toujours plein de choses à dire. Parfois même, ils pleurent aussi. Les pleurs nous font réagir mais les pleurs peuvent nous user. Et puis nous sommes nous, toutes les mères, les parents, partagés entre ceux qui pensent qu'il faut laisser pleurer, ne pas devenir "esclave", et ceux qui pensent (comme moi) que les pleurs de bébé sont l'expression d'un besoin et qu'il convient d'y répondre au plus vite, que bébé pleurera moins et moins longtemps. Et que même s'il pleure, au moins il ne sera pas seul, délaissé.

Etre en congé maternité , ce sont 10 semaines de RV médicaux, pour lui, et un peu pour nous.

 De multiples RdV imposés (examens à 16 jours puis chaque mois, visite post-accouchement à 6 semaines pour maman). L'ostéopathe, souvent. C'est souvent avoir le corps tout tordu, le bassin pas bien en place, et pas le temps d'y aller. Délais d'attente pour un RDV, et toujours, toujours cette tendance maternelle salvatrice pour bébé mais délétère pour maman : faire passer son bébé avant soi.

Ces 10 semaines de congé maternité passent généralement comme l'éclair, alors même que nos journées sont extrêmement remplies et que l'on n'a pas le temps de souffler.

Un congé maternité, c'est souvent une douche prise à 17h, ou n'importe quelle heure, ou quand papa rentre enfin pour prendre le relai.
C'est faire du ménage quand on voudrait et devrait dormir.
Se noyer dans le linge et vouloir que tout soit bien blanc, bien propre, bien repassé, car la layette, les premiers bodys, les petits pyjamas, tout cela passe si vite et ne reviendra jamais, on veut immortaliser ces petits bouts qui épousent les formes de notre cher bébé.

C'est caser ses séances de rééducation du périnée, avec bébé bien évidemment (en portant un cosy bien lourd sous le bras bien sûr). Dire non à des séances de bien-être, ailleurs, à cause de ces séances car une fois le travail repris, c'est bien trop compliqué à gérer. 


C'est pour de plus en plus de mamans trouver enfin quand même le temps de caser un atelier de portage parce que l'on sait que cela nous donnera 2 bras de +...et ça je m'en réjouis ! (je vous incite même à venir en fin de grossesse comme ça vous ne perdez pas un jour)

Un congé maternité, c'est vouloir tout caser et vouloir assurer.  

Et même si on cherche à ne pas sentir tout ce poids, la société l'attend de nous. Vite, optimiser ce congé maternité ! Accoucher et vite se remettre.
Et deux petits mois et demi, pour la majorité des mamans, c'est court. Bien trop court. Alors il faut l'optimiser...Et vite revenir au travail, où on nous attend !


Tenter de résoudre des démarches administratives, bancaires, que l'on n'a pas pu caser lorsque l'on était dans notre période "baleine".


C'est, à l'approche des derniers jours, des deux dernières semaines, souvent des larmes, le cœur serré : "je n'ai pas envie de retourner travailler. J'ai mal, j'ai peur, comment cela va se passer ? Je n'ai pas envie de me séparer de mon bébé. Comment va-t-il vivre la séparation ? et moi ??"
C'est beaucoup de paires d'yeux humides que je vois et de chagrins rentrés. De fatalité.
De conseils donnés aux autres, celles qui viennent juste d'accoucher :
"profite-en, ça passe très vite ce congé, trop vite. Va à l'essentiel, profite de ton bébé"

Etre en congé maternité, c'est être seule avec lui, avec eux (des jumeaux, ou des aînés). 

C'est tout gérer, ou à peu près tout. C'est la charge mentale parce qu'on est celle qui reste à la maison. Femme super active, working mum pressée de retourner au bureau ou maman qui rêve de prolonger par un congé parental, ces 10 semaines restent les mêmes : être maman et s'occuper d'à peu près tout. S'en occuper en ayant une fatigue qui s'accumule, une liste de choses à faire jamais vide, une charge mentale au taquet.

C'est aussi l'inquiétude sur la croissance de son bébé. Grossit-il assez, grandit-il correctement ? Boit-il tout son compte, manque-t-il de lait ? Je ne parlerai même pas des problèmes d'allergie, de reflux ou autre qui peuvent conduire à devoir changer x fois de lait après avoir vu bébé se tordre de douleur ou vomir son biberon aussitôt ingurgité.
L'inquiétude sur tout ce qui concerne bébé : son sommeil, ses rots, sa peau, son rythme, ses phases actives, son éveil, sa stimulation, son repos, ...Etc etc. C'est bien connu que du jour où vous devenez parent, vous ne vous endormez plus jamais complètement serein. 

J'ai entendu des hommes dire que leur collègue femme, revenant de congé maternité, revenait de "vacances".
J'ai entendu aussi souvent des employés se plaindre de ce que l'absence due au congé maternité engendrait comme dérangement dans l'organisation du service et le faire savoir à ladite maman.


C'est un peu comme la vanne ou la pensée commune que les profs ne fichent rien et ne travaillent que 15h par semaine, mais en pire. En pire, parce qu'il y a une fatigue incommensurable et un sentiment de solitude parfois pregnant, envahissant; Des mamans qui tombent dans la dépression post-partum. Des mamans démunies.

Des mamans qui vont bien mais qui n'en peuvent tout simplement plus car elles voudraient dormir la nuit et cesser d'entendre bébé pleurer.

Il ne faut pas se leurrer, il faut arrêter de dire des âneries, des mesquineries ou remarques sexistes : revenir de congé maternité, c'est souvent difficile, c'est souvent avec une grande fatigue et une certaine fragilité (anxieté, séparation, stress par rapport à la reprise du travail etc). Une maman qui revient de congé maternité est rarement en mode "Wonder woman" !

Alors non, non et non, un congé maternité ce n'est pas 16 semaines de vacances gratos. C'est un bouleversement à jamais. C'est sentir et savoir que tout repose sur nos épaules de maman.. C'est penser à son bébé, tout le temps. Et à ses autres enfants, si on en a déjà.


Et gérer, du coup, ces mentalités arriérées  à notre retour au travail, faire face aux remarques bien lourdes, sentir la fatigue (et parfois le déchirement de la séparation) et avoir en face de soi des collègues qui pensent qu'on se l'est coulée douce….c'est éprouvant. Bien lourd, aussi. Désespérant ou très énervant, parfois.


Je ne vous raconte même pas ce qui se dit si vous avez pris un congé parental (vous avez de la chance si vous avez encore un bureau et pas un placard …. !)
Et/ou si vous annoncez que vous allez tirer votre lait chaque jour et que vous avez besoin d'un espace approprié.

Blindez-vous !


Mais n'oubliez jamais : 

Vous êtes les plus fortes , les mamans !


ps : je trouve le congé maternité français d'une  durée plus que ridicule, ne parlons pas du congé paternité...

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vendredi 17 novembre 2017

prématurés : la méthode "mère kangourou" comme thérapie néo-natale

 Porter un enfant prématuré : la méthode « mère Kangourou » comme thérapie néo-natale.


Tout d’abord quelques éléments de définition.
La méthode Kangourou, qu’est-ce que c’est ?
C’est une méthode de soin universelle pour les nouveaux-nés (et en particulier les prématurés) qui comporte trois composantes :

-         peau à peau entre la mère et le bébé
-         allaitement exclusif
-         soutien du couple mère/enfant

Un examen des effets de la méthode kangourou sur les nourrissons prématurés (portage en peau à peau, poitrine contre poitrine, contact et toucher fréquents) met en évidence les six éléments clés d'une thérapie appropriée au développement. La méthode mère kangourou satisfait à toutes les exigences et procure des effets bénéfiques à court et à long terme, avec des résultats récents montrant des effets durables jusqu'à 10 et 16 ans. La méthode kangourou est maintenant considérée comme un élément fondamental des thérapies appropriées pour le développement des nourrissons prématurés hospitalisés.
allaitement peau à peau prématuré bébé kangourou


  • Modifier le macro et micro environnement pour qu’il soit calme et apaisant pour les bébés et leur famille
  • Positionner le bébé de telle façon qu’il y ait stabilité physiologique et développement moteur
  •  Suivre toutes les manipulations de l’enfant pour limiter les réponses physiologiques et fournir des moments de repos
  • Favoriser l’auto-régulation des bébés
  • Favoriser la régulation biologique en prodiguant des soins calés sur les cycles de sommeil et un environnement calme et apaisant
  • Evaluer toutes les interventions par rapport au stress généré
  •  Modifier les macro et micro environnement pour qu’il soient calmes et apaisants pour les bébés et leur famille
En 20 ans, l’environnement immédiat et hospitalier a beaucoup changé pour le séjour du bébé prématuré. On est passés de chambres communes à des chambres privées pour réduire les stimulations, encourager les parents à donner des soins. L’Académie US de pédiatrie a reconnu que la couveuse pouvait être néfaste car elle sépare la mère et l’enfant.
La méthode Kangourou procure un environnement calme et apaisant. Le bébé porté par sa maman en peau à peau voit sa maman, il l’entend et peut la sentir. C’est apaisant pour le petit prématuré et cela aide aussi au développement de sa vue. En outre, grâce à la libération d’ocytocine, on remarque une stabilisation physiologique et un comportement plus calme du bébé.

peau à peau portage bébé prématuré kangourou portage 
  1. Positionner le bébé de telle façon qu’il y ait stabilité physiologique et développement moteur
Le portage en peau à peau est fait de façon sécure et physiologique : le bébé est placé à la verticale poitrine contre poitrine, genoux et bras fléchis en position « grenouille », tête d’un coté ou de l’autre. Les voies respiratoires sont dégagées, il n’y a ainsi pas de risque d’asphyxie. Des études ont montré que la position verticale améliore l’oxygénation réduit les épisodes de mauvaise oxygénation, augmente le volume des poumons, aide les bébés à franchir les étapes du développement moteur plus rapidement, notamment. 



Des études effectuées sur 16 ans de suivi d’enfants nés prématurés ont aussi montré que ceux ayant reçu des soins kangourou 24/7 quand ils n’étaient pas sous O² puis pendant 28 jours et après leur retour à domicile avaient des résultats (connectivité moteur cérébrale) similaires à ceux des enfants nés à terme, et un meilleur développement moteur que des prématurés n’ayant pas reçu de soins kangourou. On suppose que ce développement moteur renforcé est dû à la libération d’ocytocine qui aurait augmenté la présence de glucose dans les myocites (cellules des muscles).
portage peau à peau prématuré bébé maternité papa kangourou

Plus encore, une étude comparative de 120 min de kangourou et 120 min de position couchée ou redressée a mis en évidence que durant le portage kangourou, il n’y avait aucune augmentation des apnées ni épisodes de brachycardie. En position allongée, le bébé avait plus d’épisodes de désaturation. La position allongée était vraiment la pire pour les bébés. A l’inverse, la stabilité physiologique, particulièrement cardio-respiratoire, commençait dans les minutes qui suivaient l’installation en position kangourou.

  1. Suivre toutes les manipulations de l’enfant pour limiter les réponses physiologiques et fournir des moments de repos

Le sommeil en méthode kangourou accélère la maturation du cerveau. En couveuse, le bébé se réveille plus souvent et peut beaucoup plus difficilement atteindre le stade du sommeil récupérateur indispensable à la maturation du cerveau. En portage kangourou, le bébé peut dormir 23 min consécutives et faire des cycles complets de sommeil. Et en +, en observant les « bébés kangourou » on remarque que même s’il y a des bruits et perturbations, en peau à peau le bébé les entend beaucoup moins et peut souvent continuer à dormir.

  1. Favoriser l’auto-régulation des bébés
S’endormir, rester endormi, assurer ses besoins de base : homéostasie, physiologie, nutrition, soins maternels. (température, fonctionnement du cœur, pression artérielle, etc). Energie, respiration, pleurs pour communiquer, maintien de l’allaitement.
Les bébés portés en peau à peau dorment mieux, tètent plus vigoureusement, sont capables de communiquer et stimulent les hormones maternelles. Ainsi, la maman est plus sensible aux réactions de son bébé. La méthode kangourou permet donc la co-régulation avec la maman. Les taux de cortisol de la maman et du bébé se synchronisent rapidement.
« Le portage en kangourou est le terrain de jeu naturel du nouveau-né nu pour apprendre l’auto-régulation » Le peau à peau contre la maman réduit également la perception de la douleur, la réponse à la douleur et le souvenir de la douleur.
Le peau à peau est même plus efficace que le sucrose pour la sensation de douleur.

  1. Favoriser la régulation biologique en prodiguant des soins calés sur les cycles de sommeil et un environnement calme et apaisant

Etant donné que le portage en kangourou induit de plus longues plages de sommeil calme, des durées plus courtes de sommeil actif, réduit le nombre de micro réveils et facilite des cycles complets de sommeil, il est vivement recommandé de multiplier les possibilités de peau à peau et de ne surtout pas réveiller le bébé qui dort en kangourou. En peau à peau, les soins ont lieu plutôt toutes les 3 à 5h et pas toutes les heures. Ainsi, la régulation biologique du bébé est grandement favorisée par la méthode Kangourou.

  1. Evaluer toutes les interventions

La méthode kangourou réduit de façon indiscutable le stress du bébé et fait chuter le taux de cortisol de 67/72 % en 20 min seulement de peau à peau car dès que le portage en kangourou débute, de l’ocytocine est libérée dans le cortex du bébé. Les enfants en peau à peau ont un taux de cortisol beaucoup plus réduit qu’en couveuse.
Ces effets sont encore visibles 10 ans après (connexions neuronales, épigénétique, plasticité cérébrale).

La méthode « mère kangourou » en peau à peau contre le ventre de la maman est considérée aujourd’hui comme une thérapie essentielle pour promouvoir la croissance et le développement des bébés prématurés, et spécialement pour promouvoir le développement du cerveau de l’enfant. La méthode kangourou, une thérapie néonatale à part entière.

Pour les prématurés ou très grands prématurés, continuer la gestation en peau à peau avec leur mère et en tétant à volonté est même plus important que pour les bébés nés à terme.

 source : www.medscape.com, Newborn and infants nursing reviews, “ Kangaroo Care as a Neonatal Therapy”, Susan M. Ludington-Hoe RN, CNM, PhD, FAAN, NAINR. 2013;13(2):73-75.  

mercredi 26 juillet 2017

La 1ère fois qu’on m’a ouvert le ventre (il y en a eu 3 - césariennes)


Tu vois, tout allait bien, une grossesse tranquille pour bébé, un bébé un peu grand apparemment mais une parfaite santé pour lui et maman
Une date prévue d’accouchement (DPA) incertaine
Une radio du bassin, très rassurante, mesures normales et sans aucune raison de s’inquiéter
Une petite maternité de campagne, (env. 300 accouchements par an)
Une prépa naissance idyllique, pour la première une chance folle car une SF investie, très branchée physio (c’est peut-être un pléonasme) et relaxation.
On est un petit groupe bien sympa de prépa naissance, on fait de la relaxation, on aime ce Rv « de l’endroit où vous vous sentez bien, à un moment où vous vous sentez bien »
Notre SF nous parle de tout, la dilatation, le travail, la péridurale, l’allaitement…

Un jour elle parle de la césarienne, parce qu’il faut bien, parce que statistiquement, au moins 2 filles de notre groupe y passeront (on est 13)
J’écoute attentivement (j’aime maîtriser l’inconnu) mais je ne me sens pas concernée. Aucune de nous ne se sent concernée. Primipares pour la plupart.
Je sais tout ce qu’il se passera si cela arrive. Mais voyons, ça n’arrivera pas. Il n’y a aucune raison. Bébé va bien et moi aussi. Enfin, j’ai des problèmes qui font que je suis arrêtée depuis quelques mois, mais rien à voir avec bébé et sa piscine intérieure, ni son poids prévu, ni la taille de son fémur ou mon tour de taille à moi.
Jour de la DPA, rien en vue. Cette petite maternité ne s’affole pas, j’adore l’idée, « on attend jusqu’à 8 jours ». je trouve ça chouette de laisser faire la nature. A l’époque, je n’y connais rien en accouchement physio, je n’ai pas appris à gérer la douleur, je suis dans le circuit classique, dans les connaissances classiques (donc en gros je ne connais rien d’autre que l’accouchement médicalisé avec péridurale et probable épisio même si non -souhaitée), mais je tiens beaucoup à ce que l’on ne force pas les choses, et que bébé vienne « quand il sera prêt ».

J+2 je reviens pour un check-up (passons la liste des actes plus ou moins justifiés qui font que vous passez votre temps les jambes écartées; (parfois ça s'appelle même des violences obstéricales, enfin bref, autre sujet qui m'importe). Rien
J+4 rebelotte
J+6 ? toujours rien. Je ne m’affole pas, je me dis que bb n’est pas prêt. Et de toute façon, j’ai apporté ma courbe de température (on a vraiment eu BEAUCOUP de mal à avoir ce bébé), il y a un truc qui cloche avec les mesures et la DPA qu’ils ont (re)calculée. Je pense pas être après terme.
J+7, j’arrive parce qu’on va me poser un gel (un tampon ? impossible de me souvenir, je confonds peut-être avec la 2ème fois). Bref un truc doux et pas trop invasif pour essayer de déclencher les choses en douceur.
Je marche dans le parc, avec mon homme, on se dit que c’est pour aujourd’hui, mais sincèrement, je ne sens rien de particulier. Et c’est donc sans surprise que vers midi on m’annonce que mon col est toujours long, fermé, dur (un truc comme ça). J’ai ma chambre car ça y est c’est officiel depuis ce matin, je ne ressortirai pas d’ici sans notre bébé. J’ai sommeil, j’ai mal dormi la nuit précédente, et puis qu’est-ce qu’il y a d’autre à faire, j’ai déjà marché deux heures.. Et puis j’ai un peu mal. Bref, je fais la sieste.
Je me réveille à 16h, j’ai mal au bas-ventre, j’émerge lentement et me lève, lorsqu’un monsieur vient me voir, me parler. Me parler de la télé ! Est-ce que je veux la télé, comment je dois m’inscrire, où je dois payer…
Je me souviendrai toute ma vie de ce moment où me parlant de la télé dont je me fous royalement (nous n’avons pas pris la télé, nous étions là pour voir notre bébé), j’ai senti soudain un gros truc couler et j’ai entendu « splash »…

J’ai perdu les eaux !

Je regarde par terre entre mes pieds, c’est trempé il y en a partout, si je bouge (si j’arrive à bouger) je vais glisser et me vautrer, … la sonnette est trop loin, et le monsieur de la télé est imperturbable… Il en a sûrement vu d’autres, mais il pourrait m’aider, non ? Je ne me souviens plus de la suite. Je sais juste que je suis en jupe, en tongs, et que j'ai peur de bouger un pied et glisser et m'écraser par terre. Trou noir...
Mon homme est revenu, le travail avait commencé, mais moi à l’époque j’ai été bête, pas préparée, j’avais un peu mal alors tout ce que j’ai trouvé à faire c’est me coucher, comme quand j’avais mes règles, couchée en position fœtale pour apaiser la douleur..…
Aux environs de 19h, la SF m’examine, évidemment rien n’a bougé ni changé, elle nous dit qu’on va laisser passer la nuit, que ça va sûrement évoluer au fil des heures et que demain si besoin on fera d’autres choses pour aider (un vrai déclenchement avec perf, quoi). Sur ces paroles rassurantes, Clyde Chéwi, fatigué lui aussi par tous ces jours de suivi après-terme, rentre à la maison pour une douche, un dîner, et un début de nuit (qui sait combien de temps il dormira , après tout). On nous a dit clairement qu’on avait le temps.
Moins d’une heure s’est écoulé, il est 20h et des brouettes, la SF de relève arrive. On l’avait déjà rencontrée, elle est avec un monsieur qui se présente, vieux aux cheveux blancs, l’anesthésiste .
« Madame, on doit vous amener au bloc, on va vous faire une césarienne. Votre travail a commencé, on ne peut plus attendre, je suis l’anesthésiste, je vous amène au bloc »
WHHHHAAAAT ????? attendez il y a une demi-heure on avait toute la nuit, et maintenant je dois avoir une césarienne en urgence !
Je suis sous le choc, mon homme n’est pas là, il va être sur le cul. On me donne un téléphone pour que je puisse l’appeler et lui dire de revenir vite (heureusement qu’il habite à moins de 15 minutes !), je leur demande d’attendre qu’il soit là, je ne peux pas imaginer qu’il ne soit pas là quand je pars, je ne comprends pas ce qui se passe.
Aucune explication à cette « urgence », notre réconfort est de nous dire que dans moins d’une heure, notre petit garçon sera là. On est presque contents. On n’a rien compris mais on est contents, impatients. Je vais le voir super vite et sans avoir mal !
On me prépare, on me met dans un brancard, mon homme a bien pris sa chemise, je suis excitée mais aussi apeurée, je vais être seule
Je pars seule dans les couloirs jusqu’au bloc, sur mon brancard, je compte les néons et les angles.
Il fait très froid dans le bloc. Il y a une lumière aveuglante, alors qu’il est plus de 21h. Je n’avais pas visité le bloc. J’ai des contractions, elles font mal. L’anesthésiste me dit de ne surtout pas bouger pendant la pose de la péridurale. Attention, il va piquer. J’ai une contraction. Je respire, mais je suis pliée en deux en avant, je ne peux pas respirer, je ne peux pas gérer la douleur, la contraction. L’infirmière me prend presque dans ses bras mais cela n’apaise rien, j’ai une contraction, bordel ! Et je suis seule, et on va m’ouvrir le ventre, et je ne vais pas avoir mon bébé dans les bras.
On me pose sur la table d’opération. Je me souviens d’une planche en bois. Pas large.
J’ai un champ opératoire qui cache tout. Les deux bras attachés en croix. J’ai froid, je tremble. L’anesthésiste me caresse les cheveux. Mais je m’en fous, j’ai froid quand même, et j’ai peur, et je suis triste, je me sens seule, si seule. Je ne vois rien. Je ne suis plus rien. Je ne suis pas en train d’accoucher, je suis en train d’être opérée. Je ne suis plus qu'un ventre.
L’obstétricien fait son entrée, il ne me dit pas bonjour. Il parle à ses collègues. Je sais qui c’est car c’est celui de garde, mais je pense qu’il ne voit que mon utérus. D'ailleurs je n'ai pas vu son visage, il n'a pas pris la peine de passer la tête derrière le champ opératoire. Sans doute trop pressé. Merveilleux.
Tandis qu’il m’ouvre, fait son job, il raconte qu’il a fait (ou va faire) une partie de golf, qu’il adore ça (c’est absolument véridique). Il dit aussi qu’il a eu une grosse journée et qu’il n’a même pas eu le temps de manger, qu’il a faim, qu’il est pressé que ça se termine et de pouvoir se reposer un peu.
Enchantée monsieur, moi je n’ai rien mangé depuis la veille au soir, et il n’était surtout pas prévu que je sois là, et je ne vous connais même pas et vous avez les mains dans mon ventre.
Ils ont fini leur affaire, il sort le bébé en disant qu’il est super gros, un peu comme moi (il ne l’a pas dit comme ça mais ça y ressemblait). J’entends crier mon bébé.
On me l’apporte. Tout près de mon visage. Trop près. Je ne verrai que peu, mais je verrai l’essentiel : le premier regard. Mon fils, un seul œil ouvert, plongé dans le mien.
J’ai les bras attachés mon fils, mon bébé, je suis prisonnière, ligotée, ils ne me laisseront pas te toucher, tu as juste ton visage tout près du mien, et tes yeux, plantés dans les miens. Souvenir à vie. On t’enlève déjà.
Je ne me souviens plus du reste, trop émue, heureuse et vide à la fois. Bouleversée.
L’obstétricien qui dit que je suis trop large pour la planche, au moment où ils me rebasculent sur le brancard.

Docteur, c’est définitif, tu es un connard.

La SF me glisse à l’oreille que comme c’est la nuit, que c’est calme et qu’il n’y a presque personne, je vais vite retourner dans ma chambre. De fait, je ne passe pas en salle de réveil. Une bien belle nouvelle dans cette naissance volée.
Mon brancard roule dans les couloirs, il fait bien nuit, le brancardier est sympa. Je passe le dernier angle, j’arrive devant le bureau des SF. Je vois alors Papa Clyde assis, chemise ouverte, BB Titi recouvert d’un drap et collé contre lui. Ils font du peau à peau. Ce peau à peau promis. J’éclate en sanglots devant cette image , cette scène. L’amour, la rencontre. Je ne suis même pas jalouse tellement c’est beau. On se sourit tout en pleurant. Mon brancard repart déjà, je vais dans ma chambre. Je prie en silence pour que mes deux hommes me rejoignent rapidement….maintenant !
On me repose dans mon lit, avec mes perfs mes fils…à poil je crois, je ne sais plus. Je ne sens pas mes jambes mais je m’en fiche je sais que c’est normal, et je suis bien, je suis dans mon lit, je ne peux plus tomber.
Et là, ils arrivent… Qui de ce nouveau père ou de moi a le plus pleuré, je ne sais pas, je me souviens juste de mes bras qui s’agitaient pour que vite, vite, on me donne mon bébé, pour qu’il vienne contre moi, sur ma poitrine, vite, apportez-le moi, donnez-le moi !
Bébé Titi a été posé nu contre moi . ils l’ont recouvert du drap et il est venu, tout seul, jusqu’au sein. Il a rampé, j’étais fa-sci-née. Il a pris mon sein et s’est mis à téter, comme s’il l’avait toujours fait. Qu'elle est bien faite, la Nature.
Il a tété un bout de temps et pendant ce temps j’ai ressenti mes jambes bouger. On était sur un nuage. 22h15, nous étions désormais 3.

Les 6 jours qui ont suivi n’ont été qu’impatience pour rentrer chez nous vivre à 3. Je pensais que tout allait bien. Mon bébé était né en bonne santé, je n’avais eu ni dilatation ni accouchement douloureux ni épisio non désirée. J'avais un peu mal, mais comparé à d'autres mamans césarisées, il semblait que je supportais mieux la douleur que d'autres. J'enviais tout de même les nanas sous morphine.

On est rentrés et notre vie a commencé. J’ai réalisé que je ne pouvais pas porter Titi avec le porte-bb que j’avais acheté exprès (12 ans de portage après, je comprends que c’était aussi dû à un porte-bb non physio acheté au supermarché, plaçant bien trop bas sur mon bassin (et mes cuisses !) mon bébé nouveau-né, pas du tout à hauteur de bisous donc et en plein sur la cicatrice. Cicatrice toute moche au passage, faite avec des agrafes posées rapido. C’est pas moi qui l’ai dit, mais mon 2è obstétricien, celui qui a réparé des choses).
J’ai senti aussi que j’avais mal, tout simplement, au bas-ventre, tout le temps. Dans le vagin, aussi. Bref, que rien n’était comme avant. Que si ça se trouve, je n’allais jamais retrouver ma vie de femme d’avant.

Et puis j’ai compris qu’en fait, je n’avais rien compris.

Et que surtout, je n’avais pas du tout accepté. Cette césarienne était en fait un marquage au fer rouge, elle m’avait meurtrie et laissée démunie.  Une naissance volée.
Une deuxième grossesse, une prise en charge ailleurs, un dossier médical examiné m’ont fait comprendre qu’il n’y avait eu absolument aucune raison médicale à cette césarienne. J’avais besoin de comprendre pour accepter et il n’y avait rien à comprendre. Cette 1ère césarienne n’était absolument pas justifiée.
La seule raison non avouée mais constatée par ma petite enquête post-naissance était simple : deux salles de naissance, 3 mamans en travail le même soir, dont moi. Moi celle ayant dépassé le terme (finalement contredit après) avec un travail lent, un bébé probablement plus gros que les autres (3.920 kg au final). Ils n’ont pas tiré au sort mais ils ont joué sur les probabilités et décidé que j’étais celle qui avait le plus de chances de finir en césarienne, alors autant le faire tout de suite (21h) qu’en pleine nuit (faudrait pas déranger à ce point le médecin de garde) ou un moment où le bloc serait déjà occupé (une vraie urgence). Bref, j’ai été un pion.
J’ai dû me reconstruire après cette césarienne. Beaucoup de lecture sur le site de Césarine, un site important pour moi et précieux, regorgeant d’informations et de « réconfort », qui m'a beaucoup aidée et m'a permis de commencer une démarche de reconstruction.
Une thérapie, une psychologue vue exprès pendant ma seconde grossesse tellement j’étais traumatisée. C’est fou comme les gens ne comprennent pas que non, « le plus important c’est que bb soit en bonne santé », ça ne soulage pas !
Il ne lira jamais ce billet et là comme ça je ne me souviens plus son nom, mais mon 2è obstétricien a été un ange, et m'a beaucoup aidée, c'est lui d'ailleurs qui a demandé mon dossier et m'a expliqué qu'il n'y avait pas d'explication... On m'a dit plus tard ailleurs que c'était pas bien de ne pas être solidaire comme ça dans la profession, et bien moi je trouve que SI, justement, cet obstétricien était à l'écoute de ses patientes et faisait passer l'intérêt de ses patientes avant le reste, avant le confort et la logistique..
Il va sans dire qu’une première césarienne entraîne une chance sur 2 d’avoir une deuxième césa et que si vous passez à 2 césa vous êtes grillée pour la 3ème…(oui, hormis un hôpital ultra marginal qui accepterait de "prendre le risque"...)
Il y a pire, il y a toujours pire , il y a mille fois pire…mais on m’a volé cette naissance. Vraiment. Cela n’a pas été une naissance, mais une opération qui passait bien dans le planning, et une opération par un médecin pas concerné qui avait faim et pensait à autre chose, et me trouvait trop enrobée. Merci le cadeau de naissance.

Bref, voilà comment j’ai eu ma première cicatrice. Ma balafre.